DISCURSO
PRONUNCIADO POR EL SR. ANDRÉ CLAS CON MOTIVO DE SU
INVESTIDURA COMO DOCTOR HONORIS CAUSA POR LA UNIVERSIDAD DE
ALICANTE
28 de enero de 2010
Rector Magnifico de la
Universidad
de Alicante
Honorables Membres du Conseil des Gouverneurs de
l’Université d’Alicante
Mesdames et Messieurs les Professeurs
Mesdames et Messieurs
Chers Collègues
Chers Amis
Permettez-moi tout d’abord d’exprimer, en mon nom, et
en celui de ma femme, tous mes plus sincères remerciements et ma plus profonde
reconnaissance pour ce très grand honneur qui m’est fait aujourd’hui. Je
porterai avec fierté le titre que vous avez
bien voulu m’accorder ! Es un
grand honor para mi !
La linguistique et de la traduction sont d’importants
centres d’intérêt et d’études.
Toutes les langues sont fascinantes et de
remarquables créations. Chacune exprime de façon spécifique, jusque dans les
moindres détails, les réalités de la vie physique et spirituelle qui ont
concerné ou concernent encore le groupe social particulier. Chaque langue est
au fond unique et chacune a apporté une contribution spécifique à l’humanité,
puisque les processus phylogénétiques ont permis une certaine adaptation au monde,
une continuité générale, en fait une conceptualisation, une sorte
d’organisation systématique dans le développement d’un comportement social,
incluant bien évidemment tous les moyens de communication et donc également la
langue créée par une stabilité relative, en fait une création d’une certaine
habitude de « ritualisation » et donc la naissance d’un faisceau de normes
sociales irréfragables, conditions indispensables à un développement culturel
et qui permet ainsi une civilisation. Bien entendu ces comportements ritualisés
ne sont pas immuables, mais peuvent se modifier puisque les inventions, les
nouveautés déstabilisent toujours
quelque peu en troublant l’équilibre précédent avant de se fixer à nouveau. En
réalité, cette stabilisation qui mène à la ritualisation est indispensable ;
elle est en fait incluse à l’humain,
elle est un « instinct humain », car sans elle tout serait évanescent et ne
permettrait nulle transmission, c’est-à-dire aucun apprentissage, nul
enseignement, aucune histoire et bien évidemment aucune culture et nulle civilisation ne serait possible.
Mes premières expériences linguistique furent celles
de la ritualisation d’une langue quelque peu particulière, le
« Moselfränkisch », soit le francique thiois, c’est-à-dire une langue appartenant
au groupe linguistique du moyen haut allemand (Mittelhochdeutsch), langue du
Nord-Est de la France, de la
Lorraine. Langue ayant la même origine que celle utilisée au neuvième siècle par
l’empereur Charlemagne et également langue source pour le yiddish. Nous plongeons donc en plein dans le domaine
de linguistique historique, de la philologie, cette « science
carrefour » ou « science clé » indispensable à ceux qui veulent
découvrir ce que les langues sont pour les hommes, ce qu’elles ont en commun,
ce que chacune a de spécifique, l’histoire et l’héritage communs, mais aussi le
reliquat particulier que chacune renferme, le destin culturel de chacune, et la
survivance dans d’autres langues en contact.
La faculté donnée aux hommes de transformer leurs
expériences personnelles, leurs « visions du monde » en mots et expressions
langagières lègue à chaque langue sa spécificité et ouvre des possibilités de
comparaisons interlinguistiques qui donnent des résultats extrêmement
diversifiées et interprétables dans diverses directions permettent ainsi des
extrapolations passionnantes, mais également parfois fort curieuses et noyées
dans un psychologisme malsain.
Chaque langue est en contact avec une autre, il y a
donc aussi une partie d’héritage commun ou semblable, un destin quelque peu
identique et également une coopération culturelle volontaire ou involontaire.
Rien n’est immobile et chaque langue, sauf les langues mortes, est en constante
évolution et se modifie selon les besoins des usagers ; elle crée, elle
modifie, elle ajoute, elle emprunte, elle classifie, elle progresse. En fait,
on doit ajouter que c’est une obligation pour chaque langue de servir d’outil
de communication efficace et de réflexion constante, sinon elle perd son
utilité, sa raison d’être.
Bien entendu si l’on compare des langues très
éloignées les différences peuvent être très marquées et permettre des
déductions souvent fallacieuses. Nous avons l’habitude de ranger des mots en
catégories et notre cerveau n’est pas un simple miroir, mais un
« processeur » qui est liée à notre héritage biologique et social, à
notre tradition, à notre éducation, à notre expérience, à notre imagination, à
nos sens et à notre raison, bref à notre culture.
La comparaison des langues moins éloignées, comme les
langues européennes, laisse percer également des divergences parfois assez
marquées. Si l’on prend comme simple exemple de comparaison les onomatopées des
diverses langues, on voit que les cris d’animaux, de douleur ou de joie et
aussi les « gros mots » peuvent varier très largement d’une langue à une autre.
La comparaison des langues mène bien entendu aux questions de lexicographie et
de terminologie bilingues, et débouche sur les problèmes de traduction.
On sait que l’expression linguistique n’est pas la
pensée même, bien qu’elle semble l’être, mais elle n’en est que la réalisation,
ce qui rend possible la lexicologie et bien entendu la lexicographie bilingue
et bien évidemment la traduction. Aucune de ces tâches n’est de tout repos, car
il faut constamment évaluer, peser, comparer, doser et choisir.
Ceci nous a conduit à animer les projets DIMO
(Dictionnaires monolingues) et LEXIS (Lexiques spécialisés) d’un certain nombre
de langues africaines de l’Agence de coopération culturelle et technique pour l’Afrique
puisqu’il s’agissait de créer pour un grand nombre de pays africains des outils
d’alphabétisation, et d’information, de mettre à niveau certains domaines d’une
vingtaine de langues africaines. Aucun pays d’Afrique n’est monolingue, si la
moyenne se situe entre quatre ou cinq langues, certains pays oscillent entre
250 et 300 langues, tels le Cameroun et le Nigéria, par exemple, sans compter
les divers parlers et même sans tenir compte des créations de pidgins.
La transfert du monde en langue peut se faire de
multiples façons et peut se compléter par des développement de choix
particuliers en ce sens que la langue ne fait pas que désigner ou dénommer une
réalité, mais qu’elle ouvre des possibilités de relations particulières et
uniques avec d’autres mots et d’autres concepts. L’équivalent d’un mot d’une
langue dans une autre langue même s’il y a équivalence de dénotation n’a pas
nécessairement les mêmes solidarités avec les autres mots de la même langue ni
les mêmes connotations et n’a donc pas la même caractéristique représentative
et conceptuelle. Ce qui précise bien que seul l’original peut exprimer ce qu’il
dit et que la traduction redit ce qui est dit, mais autrement et dans une autre
langue. La traduction est nécessairement interprétation par le traducteur de ce
qui est dit, et est même d’une certaine façon un commentaire de l’original mais
jamais une copie conforme. Elle est recherche de l’équivalence la plus
équilibrée et la plus représentative de l’original. On comprend donc que la
traduction automatique ne peut se faire que si le transfert des langues est
très nettement orientée vers une traduction terminologique.
La traduction n’est ni une science
exacte ni un art indépendant : elle est un effort constant de
mobilisations de connaissances, de compréhension, de liens et d’intégration de
faits enchâssés linguistiquement, donc aussi marqués sociologiquement, et donc
inclus dans les valeurs, soit la ritualisation et la civilisation de la « tribu
», c’est-à-dire du groupe qui utilise cette langue à ce moment. La traduction
est indispensable à toute société, nous avons l’habitude de dire qu’elle est «
proligère », c’est-à-dire que non seulement elle apporte du nouveau, mais elle
peut donner naissance à du tout neuf, en faisant germer, développer et propager
de totales nouvelles idées.
Rappelons encore que la plus vaste entreprise de
traduction au monde est celle de la
Communauté
européenne. Une immense part du budget est absorbée par la traduction et
l’interprétation, mais sans la reconnaissance de l’égalité de toutes les
langues européennes l’Union européenne n’aurait pas le même sens, et peut-être
même pas de sens ! Le Canada est également un pays bilingue, mieux un pays
multilingue, il y a le français et l’anglais, mais également le Déné, l’Inuktituk,
l’Innu et encore d’autres langues indigènes qui semblent de nos jours reprendre de l’importance ou un peu
d’oxygène. On voit donc aussi comment et pourquoi nous avons consacré plus de quarante ans à la
direction de META, et fait d’un bulletin une revue de portée internationale,
car les questions de traduction qui se posent dans tous les pays et pour tous
les pays ont une très grande importance. La mondialisation est également liée
aux questions de traduction.
Nous avons pu ainsi créer un outil indispensable aux
traducteurs, soit la Banque de Terminologie du Canada, TermiUm, qui
recense tous les termes dans différentes langues et fonder un réseau de plus de
250 chercheurs et enseignants de divers pays, le réseau LTT (Lexicologie,
Terminologie, Traduction) qui se situe dans cadre de l’AUPELF-UREF (aujourd’hui
AUF) et qui a pour mission d’organiser des rencontres, des colloques, de mettre
en relation les chercheurs, d’aider la recherche et la diffusion des résultats.
Nous avons également lancé en collaboration
avec des collègues français et tunisiens les « Rencontres linguistiques
méditerranéennes », dont le siège est à Tunis, une autre association qui vise à
organiser des rencontres de chercheurs et
d’enseignants en linguistique et traduction pour toutes les langues et
tous les pays du bassin méditerranéen.
Nous aimerions profiter de cette extraordinaire
occasion, avec votre permission, Monsieur le Recteur, pour dire merci à tous
nos collègues et collaborateurs qui nous ont, d’une façon ou d’une autre, aidés
au cours de toutes ces années. Merci
également à ma marraine
Permettez-moi également, Monsieur le Recteur, de
redire toute ma profonde gratitude à vous et à l’Université d’Alicante
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